Mésaventures et résurection: la statue de Dumas
1885 - 2005

Lorsque meurt Dumas Père fin 1870, d'éminents écri­vains et artistes ne tardent pas à monter le projet de lui offrir une statue dans la capitale. Après une longue souscription publique  et  selon la conception du graveur Gustave Doré, c'est le 4 novembre 1883 que le Tout-Paris inaugure le monument sur la place Malesherbes. En présence de Dumas Fils, le dernier discours est prononcé par M. Sénard, maire de Villers-Cotterêts, qui célèbre l'enfant du pays et n'hésite pas à « tendre la main » pour réunir quelques fonds !
Sans succès, puisque divers projets de monument cotterézien, trop coûteux, ont déjà dû être écartés. Une quête spéciale est alors lancée auprès de toutes les communes de l'Aisne ayant plus de 800 habitants.
Elle rend peu, mais permet de deman­der un nouveau projet au sculpteur axonien Carrier-Belleuse. Il crée alors une imposante effigie de bronze (3 m de haut, 912 kg), inaugurée, après bien des discussions locales, le 24 mai 1885. Si toute archive sur la cérémonie a disparu aujourd'hui, on sait au moins que la Ville offrit à cette occasion force réjouissances, « avec feux pyrotechniques et bal à grand orchestre » ! Sur un socle de 2,80 m, violemment critiqué, dressé près du passage à niveau, l'écrivain regarde en souriant sa maison natale. La gloire cotterézienne de Dumas semble donc bien assurée, mais... le socle s'avère trop faible et il faut le remplacer en 1901 par un bloc plus élevé (3,90 m de haut) ! C'est ainsi juché que le grand Alexandre va pouvoir présider les festivités du centenaire de sa naissance, le 6 juillet 1902.

de socles en transferts, que d'avatars pour Dumas Père !

S'il résiste bien aux bombardements de la Grande Guerre, une nouvelle mésaventure attend son effigie pendant l'Occupation. Elle est en effet « déclassée » en application de la loi d'octobre 1941 sur la répartition des métaux. Subissant le même sort que son père, le général, sur la place Malesherbes, Dumas est à nouveau descendu de son piédestal en janvier 1942 et disparaît définitivement dans une fonderie de Meurthe-et-Moselle. Seuls quelques pieux habitants réus­sissent au dernier moment à subtiliser la plume d'écrivain que tenait sa main droite. Cet unique fragment original de l'œuvre de Carrier-fielleuse est conservé depuis un demi-siècle au Musée, à côté d'un moulage du visage. En 1959 est érigé près de la Gendarmerie un Dumas de pierre, que la Ville a commandé au sculpteur Bouret. Il accueille aujourd'hui les lecteurs de la Médiathèque qui porte son nom.
Lors du Bicentenaire de 2002, en compensation du transfert des cendres de Dumas par l'État, le Ministère de la Culture a promis à la Ville la fourniture d'une « vraie copie » du monument de 1885. Les moules originaux ayant été détruits, ce sont les maquettes d'intention conservées à Villers-Cotterêts (Musée) et Los Angeles (fondation Getty) qui permettront au sculpteur Jean-Loup Bouvier (Avignon) de restituer la sculpture.

Numérisée et esquissée en polystyrène avant d'être coulée en bronze, la nouvelle statue de Dumas sera livrée fin 2005 et se dressera donc bientôt sur la place du Dr-Mouflier, profitant même de certaines pierres du socle original ! Après la disparition de son premier monument et l'exil de son cercueil, ce sera le grand retour de Dumas Père parmi les siens, dans le cadre même de son enfance !