Une double fondation Cotterézienne
11 juin 1905

ex-libris de la bibliothèque
personnelle d’A. Michaux

Emile Pottier 

l’un des premiers bulletins
de la Société historique

le président Alexandre Michaux

C'est à nouveau dans la salle de la Justice de Paix que sont invitées les autorités locales et les notabilités de la région pour assister à l'éclosion de la double institution : « chargée de la conservation du musée Alexandre-Dumas », la Société historique est dite « régionale », signe qu'elle « ne peut être assimilée à une commission municipale ».

Des statuts classiques et sans faille apparente, 149 adhérents dès 1905, qui témoignent d'une large sympathie, tandis que la prési­dence d'honneur est confiée d'emblée au maire, le Dr Brassart : la Société semble partie vers un avenir prometteur, mais nul ne remarque qu'elle ne reçoit en fait aucune aide proportionnée à sa mission: ni local propre (son siège social déclaré est... la mairie), ni moyens d'acquisitions ou de gestion, à l'exception d'une sub­vention annuelle de 50 F. ! Sa véritable force, dès l'origine, ce sont donc ses administrateurs, les hommes de la Commission spéciale.

Son président, Alexandre Michaux est bien connu pour sa riche « Histoire de Villers-Cotterêts et de sa forêt », publiée en 1867. Né à Villers en 1834 et juriste de formation, il exerce à Soissons le métier d'imprimeur, dirige le journal « le Progrès de l'Aisne » (parution irrégulière entre 1866 et 1900), publie plus de 80 études locales pour la Société historique et archéologique de Soissons, dont il devient vice-président. Son érudition lui donne accès à la Société des Gens de Lettres et le fait choisir à Villers-Cotterêts comme premier président de la nouvelle Société. Mais, fatigué et malade, il ne peut même assister à la réunion inaugurale et meurt en septembre 1905.

Emile Pottier, architecte cotterézien (on lui doit en particulier l'Hôtel de ville de Neuilly-Saint-Front) et vice-président de la Société, va donc gérer ses premières années : l'ouverture du Musée Dumas, la publication de cinq Bulletins (1905-1911), où se reflète le développement des activités et des recherches historiques locales.

les premiers administrateurs

hommage de la Ville

 

autographe d’Ernest Roch

la R.U.P

Comme président de 1906 à 1912, il prend l'initiative de promenades sur le terrain (la première a pour but la Pierre Clouise, en forêt de Retz, en 1907) et organise des rencontres variées ainsi qu'une fête littéraire, qui rassemble 200 spectateurs au théâtre en 1911. À ses côtés, plusieurs commerçants de Villers assurent la trésorerie (Emile Dupuis) et le secrétariat (Léon Lacroix), tandis que le tout jeune Musée bénéficie des soins assidus de deux conser­vateurs, Jules Delinge et Jules Laille, chargés de recevoir et enre­gistrer les dons qui affluent. Mais l'homme-clé et le véritable his­torien de la Société est Ernest Roch. Clerc de notaire, écrivain et poète (sous le pseudonyme de Pierre Dure), il mène des recherches rigoureuses dans les dépôts d'archives, nationales et municipales, notariales et ecclésiastiques, publiques et privées, s'appliquant à retracer le passé des édifices et des rues de Villers-Cotterêts, pour le publier, partiellement, dans les premiers bulletins. S'ajoutant aux ouvrages de Michaux, cet immense travail, malheureusement inachevé, constitue encore de nos jours la référence des historiens locaux.

Une double difficulté va cependant venir « gripper » les beaux rouages de la Société dès les premières années. Elle tient dans deux phrases des statuts de 1904, dont les conséquences n'ont pas été mesurées et qui indiquent : « Tous les objets composant le Musée devien­dront propriété de la Ville, à titre inaliénable. La gestion et la conserva­tion du Musée appartiendront à la Société tant que durera son existence ».

 

le président Castellant
dans son parc des charmettes

autographe de Castellant

 
Entre autonomie et dépendance, propriété et devoir de gestion, conservation et investissements, le Bureau de la Société se débat très tôt, pour sa survie comme pour la réussite de sa mission. Alors qu'elle ne dispose pour elle-même que de ses cotisations et d'une maigre subvention, elle doit assumer le local du musée, l'enri­chissement et la présentation des collections, les séances et publications historiques, le gardiennage et les charges diverses...
Élu président en 1912, Auguste Castellant, qui est un fervent admirateur de Jean-Jacques Rousseau, va lancer, en pleine guerre, une audacieuse stratégie de « contournement »..
Avec l'aide et la persévérance du secrétaire Roch, et usant de quelques relations bien placées, il parvient à obtenir à Villers la promesse de quelques dons et legs, puis à se faire entendre du Ministère de l'Intérieur et du Conseil d'État. Le 25 septembre 1916, Raymond Poincaré, président de la République, décrète que la Société est « reconnue d'utilité publique » !

L'année 1918 est néanmoins chargée de nuages : peu après le décès de Castellant, la menace ennemie sur Villers contraint de replier toutes les collections du Musée vers Dijon. Elles ne reviendront, amputées, que deux ans plus tard.