Déambulation et tribulations financières
1905 - 1928

poème de G. du Chaffault au monument aux Morts

statuts de 1922

Si la Commission spéciale se réunit une fois ou deux dans le petit corps de garde, à l'entrée de la cour de l'Hôtel de Ville (1903), elle entrepose provisoirement ses premières collections dans une classe inoccupée de l'École de Garçons.

C'est non loin de là, au premier étage du n° 7 rue Demoustier, que s'ouvre le premier « musée », dans le modeste appartement d'une particulière, Mme Hugnin, à laquelle il faut régler le loyer ainsi que le gardiennage. Les curieux y sont admis l'après-midi des dimanches et jours fériés.

Comme l'expliquait le conservateur Jules Laille, « quand le Musée naquit, il n'avait pas de berceau, pendant plusieurs mois, ses organes, comprimés, restèrent enfouis dans les langes insalubres de cer­tains locaux de notre mairie, l'enfant était vigoureux malgré ses langes étriqués et son alimentation modeste, il grossissait... » Aussi faut-il appeler la Ville à l'aide (dès 1910), ajourner pour cause de défi­cit le Bulletin prévu, augmenter la cotisation, mais en vain!

 

courrier au sénateur Gaston Menier

sur le livre d’or du musée

 

Ainsi s'explique le commentaire désabusé de la Liberté soissonnaise en 1912 : « C'est un pauvre musée que le musée des Trois Dumas. C'est un musée de province, et qui connaît toutes les disgrâces  des musées de province. L'État l'ignore, le département le dédaigne, une municipalité parcimonieuse lui marchande les subsides : c'est un musée déshérité. La maison qui l'abrite est si discrète, si humble, qu'elle ne sollicite point l'attention du passant. Toute la semaine, ses volets sont clos. On ne les ouvre que le dimanche, par rite et comme à regret, tant sont rares les curieux qui demandent à entrer. » Après l'évacuation des collections vers Dijon, les caisses revien­nent à la Mairie (sauf une, la n° 852, portée disparue), qui les entrepose, sans ouverture au public, dans une dépendance de la maison Duez, derrière l'église. La Société s'y réunit à partir de décembre 1921, mais les difficultés financières n'ont pas chan­gé, d'autant plus que les nouveaux statuts de 1922 prescrivent l'accès gratuit au musée toute l'année et réduisent donc encore les ressources disponibles.

le comte Gabriel du Chaffault

Mme Caristie Martel

Privé de local à cause de la précarité de l'après-guerre, le Musée se déplace brièvement à la Mairie, puis dans la maison natale de Demoustier, où il reçoit la visite de Poincaré et des généraux Foch et Mangin, venus en juillet 1923 inaugurer le monument aux morts.
Depuis 1919, la présidence de la société est assurée par le comte Gabriel du Chaffault, un « gentilhomme » parisien, filleul de Lamartine, très introduit dans le monde littéraire.
Il est assisté à la vice-présidence, par Mme Caristie-Martel, artiste dramatique de la Comédie Française, que ses déclamations patriotiques sur le front ont fait surnommer « la Muse des Armées ». A Villers-Cotterêts, peu d'habitants savent qu'elle est l'épouse (en secondes noces) du comte du Chaffault, mais ils savent tous qu'elle est citoyenne d'honneur de la ville pour avoir prêté sa figure au personnage féminin du Monument aux Morts, la Forêt protectrice.

la Société Historique propose une soirée Dumas

invitation à la Fête littéraire de 1926

À travers eux, la Société historique jouit, malgré sa gêne matérielle, d'une séduisante notoriété, susceptible d'attirer les personnalités régionales. C'est ainsi que le sénateur Gaston Menier, qui anime un glorieux équipage de chasse en forêt de Retz, est invité à « un double appui, moral et pécuniaire » et qu'une « fête littéraire », organisée en l'honneur de Dumas le 4 juillet 1926, sous la présidence du Dr Mouflier, attire au Musée — installé maintenant dans la maison Duez - de nom­breux élus ainsi que la petite-fille de Dumas, Jeannine, épouse d'un historien de renom, Ernest d'Hauterive (*). Elle offre au Musée à cette occasion la tenue d'académicien de son père, l'au­teur de « la Dame aux Camélias ». Mais l'investissement d'un bulletin annuel reste toujours inaccessible...
Plusieurs conservateurs éphémères succèdent à J. Laille (MM. Emilliot, Faquin, Wagenheim, Bahuchet, Lamy), mais la vente de la maison Duez par la Ville en 1928 contraint à un nouveau transfert des collections vers la salle de dessin de l'Éco­le de Garçons, au désespoir des responsables de la Société !